Colère et Ayurveda, Vive la colère !

En consultation, j'entends souvent cette même phrase, prononcée comme un aveu : "j'essaie de calmer ma colère".
Et à chaque fois, quelque chose en moi résiste. Pas à l'intention qui l'anime, mais à l'idée qu'elle sous-entend : que la colère serait un dérèglement à corriger.
Qu'est ce que la colère : elle vient du latin cholera, qui vient du grec kholéra, qui signifie littéralement "bile". Puis son sens a doucement glissé vers l'emportement et l'irascibilité avec la définition suivante : "État affectif violent et passager, résultant du sentiment d'une agression, d'un désagrément, traduisant un vif mécontentement et accompagné de réactions brutales".
On parle donc d'une émotion, qui n'est elle-même rien d'autre qu'un résultat métabolique de notre propre fonctionnement. Nos organes des sens absorbent le monde : une parole, une image, une situation, une information. Et comme tout ce qui est absorbé, la notion ingérée doit être transformée, digérée, comme toute autre nourriture.
Et dans la lecture Ayurvedique, c'est précisément le rôle du dosha Pitta, le concept du feu, responsable de toute transformation, de toute métabolisation, qu'elle soit alimentaire, sensorielle ou émotionnelle. La colère naît précisément de cette digestion-là : une information reçue, brûlée par le feu intérieur, et restituée sous forme de flamme.
Les courants New Age du coaching bien-être vendent une bienveillance mielleuse qui vous fait penser qu'entendre une émotion comme la colère devrait être bannie de votre vie si vous voulez éviter l'ulcère et la ride du lion.
C'est FAUX.
Comme si ressentir était une faute de goût et que le feu devrait toujours être un problème à éteindre. Et pourquoi ne pas en faire plutôt une énergie à comprendre ?
Et que seraient devenus les plus grands soulèvements de l'Histoire sans la colère ?
La colère nous sauve, vive la colère

La Révolution Française n'est pas née de la sérénité, mais de la faim et de l'humiliation d'un peuple à bout et engendra la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen qui posa pour la première fois en droit français les principes de liberté et d'égalité devant la loi.
Haïti n'est pas né d'un compromis altruiste mais du soulèvement du peuple esclavagé qui s'est embrasé pour faire front au colonialisme français lors de la révolte de Saint Domingue.
La première marche des fiertés liée au mouvement LGBT n'est pas née d'une promenade digestive dominicale mais de la résistance frontale et engagée de la clientèle d'un bar gay New-Yorkais face à des descentes violentes et régulières de police, donnant lieu à plusieurs nuits d'affrontement.
Les suffragettes anglaises, à qui l'on refusait jusqu'au droit d'exister politiquement, n'ont pas obtenu le droit de vote à force de patience silencieuse.
La marche de Selma, la nuit de Stonewall ...
à chaque fois, une injustice, une dignité bafouée, et une colère qui a fini par se lever et par changer le cours des choses.
La colère est saine, vive la colère
La colère est saine parce que la nature est saine, et que nous sommes nature.
Nous ne sommes pas séparés de cet environnement dont nous parlons parfois comme s'il nous était extérieur, nous en sommes une part intégrante et vivante. La colère naît d'une émotion transformée, traduite par l'ingestion d'une information : elle appartient donc à la nature, puisqu'elle est en nous, comme l'orage appartient au ciel qui le porte.
Pitta est le dosha du feu et de l'eau. On l'associe classiquement à la bile. Et je trouve toujours juste, à ce sujet, l'expression française "ne te fais pas de bile !".
On la doit à une très vieille théorie des humeurs, où l'excès de bile jaune rendait irritable, amer, consumé de l'intérieur par ses propres soucis. Se faire de la bile, littéralement, c'est laisser le souci fermenter jusqu'à en tomber malade. Rappelez-vous l'origine Grecque du mot colère : la bile.
L'Ayurveda l'explique avec le dosha Pitta, dosha du feu et de la bile : un feu logé dans le foie et l'intestin grêle, siège de la transformation, et dont le déséquilibre se traduit précisément par l'irritabilité, l'impatience, la colère.
La colère s'entretient, vive la colère
Un Pitta équilibré ne rend pas incapable de colère, il rend cette colère juste, proportionnée, utile.
Quelques gestes simples, au quotidien, empêchent le feu de déborder :
Ne sautez pas de repas : la faim est, pour Pitta, l'une des portes les plus directes vers l'irritabilité. Manger à heures régulières, sans attendre d'en devenir cassant !
Préférez au quotidien les saveurs douces, amères et astringentes, celles qui rafraîchissent, plutôt que l'excès de piquant, d'acide et de salé, qui alimentent le feu digestif au-delà du nécessaire. Le concombre, la coriandre, la menthe, la noix de coco ont, dans la grille de lecture ayurvédique, une vraie vertu apaisante pour Pitta.
Évitez le soleil et l'effort physique aux heures les plus chaudes de la journée, entre 10h et 14h, précisément les heures où Pitta culmine dans son cycle quotidien. Un exercice pratiqué tôt le matin ou en soirée sera toujours mieux toléré.
En auto-massage, préférez une huile de coco, fraîche par nature, à une huile de sésame plus réchauffante, surtout en été ou si Pitta domine votre constitution de naissance.
La colère est lumineuse, vive la colère
Aller à l'encontre de la colère, c'est laisser ce feu nous consumer de l'intérieur plutôt que de le laisser s'exprimer au-dehors. Le réprimer ne l'éteint pas, il continue de brûler, mais tourné contre nous-mêmes. Laisser le feu s'exprimer, au contraire, c'est permettre à l'excès de chaleur de se libérer, un besoin d'autant plus réel lorsque Pitta domine notre constitution de naissance.
Car le feu n'est destruction que lorsqu'il est en excès. En équilibre il est transformateur mais aussi connaissance, savoir, lucidité.
C'est lui qui éclaire autant qu'il consume.
Alors lorsque les flammes jaillissent, le seul véritable effort que nous puissions faire n'est pas de les étouffer, mais d'en faire des rayons de lumière. Que ce feu, au lieu de brûler, éclaire votre voie, et celle des autres.
Anne-Sophie Kronenberger
Praticienne en Āyurveda spécialisée en bien-être féminin
Comprendre sa propre nature, savoir si Pitta domine votre constitution, c'est déjà une manière de transformer ce feu plutôt que de le subir. Un bilan doshique identifie ce qui, chez vous, nourrit cet excès de chaleur. Les soins du cabinet, Abhyanga, Shirodhara, Marmathérapie, offrent au corps un espace pour la laisser circuler sans qu'elle ne vous consume. Réservez votre bilan Ayurvedique ou votre soin au cabinet OMDEVI.
Je vous reçois en cabinet sur Saint Germain lès Corbeil (91, Essonne) et/ou en VISIO dans toute la France pour les consultations.
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